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Donner/Adhérer

 

 

 

Contes malgaches

Les contes et légendes sont très présents dans la culture malgache. Ils permettent de transmettre de nombreuses valeurs aux enfants ; ils se terminent, souvent, par une morale. Les grands-parents sont les principaux narrateurs.

Cette tradition orale est une façon de préserver la mémoire d’un peuple, lorsque l’accès à l’écriture est, parfois, difficile. Madagascar est riche de cette tradition :

  • ny hainteny est l’art de la rhétorique ;
  • ny ohabolana sont les proverbes ;
  • ny ankamatatra sont les jeux de l’esprit (devinette) ;
  • ny angano représente les contes et légendes ;
  • ny kabary est le discours.

C’est grâce à ce folklore que Madagascar a, encore, une histoire collective très présente.

 

Voici quelques contes provenant de « Contes et légendes de Madagascar », de Rabearison.

À vous de leur trouver une morale.


Soyons moins bavards

Trop parler nuit : l’histoire de Ramanampeheloha va nous le prouver.

Un roi avait perdu sa chèvre. On connaît la chèvre, cet animal petit malin, aux yeux vifs, à la barbiche frisée, aux cornes recourbées, qui cherche, toujours, à envoyer de bons coups bien placés.

La chèvre du roi était donc perdue. On la chercha partout, on ne la trouva point.

« Ma bouche est pleine de poils de chèvre », dit Ramanampeheloha à un de ses amis. On colporta la nouvelle. La plaisanterie provoqua des soupçons. Le roi convoqua Ramanampeheloha.

— C’est toi qui as volé ma chèvre ? lui demanda le roi.

— Moi ?

— Oui.

Ramanampeheloha nia les faits. Le roi insista. Les devins, aussitôt mandés, arrivèrent. On leur exposa les faits. Ils conduisirent Ramanampeheloha au bord de l’eau, et tous les crocodiles des environs arrivèrent promptement. Spectacle des plus effroyables ! Imaginez mille deux cents crocodiles qui vous regardent de leurs deux mille quatre cents yeux, qui ouvrent devant vous mille deux cents bouches géantes, et qui attendent.

Les devins déclarèrent :

— Va dans l’eau, Ramanampeheloha ; si tu es innocent, tu peux être tranquille, les crocodiles ne te feront pas de mal.

Ramanampeheloha se mit à trembler. Qui n’aurait pas tremblé ?

— Je vais plutôt payer la chèvre du roi, dit-il.

Il paya la chèvre, avec neufs bœufs gros et gras.

Des années ont passé. Le roi est mort, les devins sont morts. On a, enfin, appris qui a volé la chèvre du roi. Ce n’était point Ramanampeheloha. Tant pis.

Quant à vous, paysans Tsimihety, retenez bien cette légende. Je sais que, quand vous revenez de vos travaux, vous aimez un peu trop les plaisanteries. Vous parlez politique, ménage, affaire. Chaque sujet vous est familier. Vous savez tout. Maintenant, attention ! Trop parler nuit !


Le ciel et la terre

C’est sûr, m’a dit un vieux paysan : un jour, ils finiront par recommencer à se disputer, et je ne sais pas ce qui va nous arriver. J’aime la terre, continua-t-il, mes ancêtres « Razako » y sont. J’aime le ciel, car mes Dieux « Anahariky » y sont. Je ne souhaite pas que la bataille recommence ; or elle va reprendre. C’est sûr, ça va arriver.

Et tout en larmes, le vieux paysan s’expliqua :

Autrefois, au commencement du monde, la terre et le ciel, qui sont parents, vivaient en très bonne intelligence. La terre est susceptible et le ciel est chatouilleux. Vint la dispute, et le ciel s’éloigna de la terre. Celle-là, furieuse, redoubla de replis pour l’atteindre : ainsi se formèrent les montagnes. Le ciel riposta par des orages, ses balles ; par le tonnerre, son canon ; par le vent, le souffle de ses soldats. La terre forma des volcans qui sont ses frondes. La lune intervint par ses larmes, le soleil par ses yeux rouges, la mer par ses vagues, le fleuve par ses torrents ; et, curiosité jusque là inconnue, le caméléon intercéda en faveur de la terre, par ses roulements des yeux.

La bataille cessa, mais la colère persista des deux côtés. C’est ainsi que le ciel reste, encore, là-haut, et que la terre demeure, ici-bas. On dit que, déjà depuis mille ans, la terre n’a pas été invitée par son frère le soleil, et que depuis mille ans, le ciel n’a plus parlé à sa sœur, la terre.

Et le pauvre paysan termina son récit : « Quand deux hommes ne se donnent plus à boire et à manger, c’est signe qu’ils couvent une haine farouche et qu’ils finiront toujours par s’entretuer ».


Le fody ou cardinal

Il y avait, dans un coin de Madagascar, un couple de vieillards qui gardaient une rizière. Le vieux, battant un vieux bidon, parcourait les champs ; sa femme le suivait, en criant : « Hosy, hose ! ». Cela ne faisait pas mourir les oiseaux : jamais ces vieux n’usaient de pièges ni de sarbacanes, car ils vénéraient les cardinaux.

Le riz est, semble-t-il, l’une des dernières inventions de Dieu. Les hommes avaient faim, et puisqu’ils ont été placés sur terre, avec ordre de ne jamais monter au ciel, ils demandèrent aux cardinaux, qui ont des ailes, d’intervenir auprès de Dieu. La mission fut remplie avec zèle. Dieu envoya des grains que les hommes semèrent. La famine cessa.

Mais, ici, se pose une question que personne, encore, n’a pu éclaircir. Des hommes prétendent, en général, que les grains de riz ont été cédés à leurs ancêtres sans que les cardinaux, simples commissionnaires, aient eu droit à aucune part. Voilà pourquoi ces oiseaux, quand ils mangent les grains de riz, sont jugés comme de grands voleurs et qu’il est juste de les supprimer. Nos deux vieillards, eux, jugeaient différemment. À leur avis, le riz appartenait aux « cardinaux » : Dieu le leur avait cédé. Mais les oiseaux, incapables de le cultiver, en avaient confié le soin aux hommes. Ceux-là ne sont, donc, que les métayers des « fody » et ils n’ont doit qu’au tiers de la récolte. Les oiseaux ont toute liberté d’en manger les deux tiers. Nos deux aimables vieillards se contentaient donc de chasser leurs propriétaires par des cris. « Hosy, hose » signifie, d’ailleurs : allez-vous-en, ne piétinez pas le sol. La seule raison valable d’éloigner les volatiles trop gourmands des grains, c’est qu’ils piétinent le sol.

Il n’y a, heureusement, que deux vieux fous parmi nos paysans malgaches.


Le caméléon

Kovahonimajy Ngavo Ka était, dit-on, l’homme le plus habile que Dieu ait créé sur notre globe. Neptune et Pluton n’étaient rien devant lui. Jupiter avait fait l’essai de sa force à l’ombre de ses bras. L’une des plus grosses erreurs qu’ait commise le grand Napoléon, c’était d’oublier de prononcer ce nom quand il revint de Moscou, durant ce retour désastreux où « Pour la première fois, l’aigle baissait la tête ».

Eh bien ! Kovahonimajy Ngavo Ka s’en alla, un jour, chasser, accompagné d’un chien. Il rencontra un sanglier qui fuit naturellement devant lui. Il s’élança à sa poursuite, le devança bientôt, et en fut même si éloigné qu’il eut le temps de construire un parc de fortune, piège dans lequel fonça, tête baissée, le sanglier. Ainsi capturé, l’animal mourut de faim.

Kovahonimajy Ngavo Ka continua sa route. Il aperçut une pintade qui s’envola à tire d’ailes. Il se mit à la poursuivre. La pintade suivie de l’homme, suivie du chien, a franchi douze montagnes, traversé douze plaines. À la fin, n’en pouvant plus, l’oiseau fatigué ne trouva, pour se poser, que les mains tendues tranquillement par l’homme en dessous de lui.

Kovahonimajy Ngavo Ka se proposa de griller cette pintade dans un endroit où personne encore n’avait mis les pieds. Il s’enfonça dans une grande forêt. Il cria : « Ho,mbola misy olona ve eto ô ! », c’est-à-dire : « Y a-t-il encore quelqu’un par ici ? » l’écho résonnait au loi et répétait l’interminable « eto ô ». Kovahonimajy Ngavo Ka conclut à une présence humaine et continua son chemin. Il s’enfonça de plus en plus dans la forêt, répéta les mêmes appels et entendit les mêmes échos. Il marcha quatre jours, il marcha cinq nuits et il arriva enfin dans un endroit obscur où il n’entendit plus rien, pas même les échos qui devaient se répercuter au loin. Enfin je suis seul, se dit-il, il faut que je me repose. Il se reposa en effet, alluma du feu et se mit à griller sa pintade. Son chien fatigué, se reposa à côté de lui. L’odeur de la pintade grillée allait maintenant se répandre dans le voisinage.

Tout à coup, semblable à un formidable coup de tonnerre qu’accompagna un terrible coup de vent, quelque chose se fit entendre au loin et s’approcha. Un être des plus fantastiques apparut bientôt, un être de l’espèce des croquemitaines, avec des yeux rouges et gros, une bouche grande et puante, des dents longues et crochues, quatre pattes grosses et velues, deux oreilles larges et pendantes. L’être affreux était là, devant Kovahonimajy Ngavo Ka. Il s’arrêta net et regarda fixement l’homme et son chien. Il resta là deux heures durant, et notre homme, inquiet, ne savait pas exactement devant quelle force il se trouvait.

L’être fabuleux dit enfin : « Grille vite ta pintade, donne-la à ton chien, mange ensuite ton chien, puis je te mangerai ». Notre chasseur s’en trouva confus. Il savait que son adversaire était terrible et résolu, qu’il ne pouvait rien faire contre lui. Il savait donc qu’il allait mourir. Mais bientôt, il entendit du sommet d’un arbre, au-dessus de sa tête, une voix très faible et très douce qui lui dit : « O ! Homme, suis ces conseils : grille vite ta pintade, donne-la à ton chien, mange après ton chien, ce ventru te mangera, et je le mangerai en fin de compte ».

Le croquemitaine entendit cette voix, et crut qu’un être qui lui était supérieur était dans les environs, prêt à le dévorer. Saisi d’effroi, il rebroussa chemin et s’enfuit. Le bruit qu’il faisait était le tonnerre, le vent qu’il produisait était le cyclone.

Kovahohonimajy Ngavo Ka leva la tête et vit un caméléon. Oh !, un caméléon si petit, si faible, qui enroulait sa queue autour d’une branche et qui le regardait avec beaucoup de compassion.

C’est depuis ce temps, dit-on, que l’on vénère les caméléons.