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Brève présentation de Madagascar


        Source, encyclopédie Larousse, 2013, amendée

Géographie

Globe terrestre
Carte de Madagascar
Légende de la carte de Madagascar

L’île de Madagascar, plus vaste que la France, s’étire du nord au sud sur près de 1600 km, entre 12° et 26° de latitude sud, entre le cap d’Ambre, au nord, et le cap Sainte-Marie, au sud, et a une largeur moyenne de l’ordre de 500 km. Large, dans sa partie la plus étroite, de 400 km, le canal de Mozambique sépare l’île de la côte africaine, par des profondeurs de plus de 3000 m.

Madagascar est la quatrième île du monde par la superficie (587 040 km2) après le Groenland, la Nouvelle-Guinée et Bornéo. Sa civilisation austronésienne, qui remonte à l’arrivée de populations d’Asie du Sud-Est – au plus tard au Ve siècle avant J.-C. –, apparaît comme une avancée asiatique en terre africaine. La Grande Île, qui tint une place prépondérante dans le commerce antique et médiéval, a été marquée par l’influence européenne, notamment française.

Milieu

Issue de l’ancien continent du Gondwana, Madagascar s’est séparée de l’Afrique au crétacé. Son ancienne insularité a donné à sa flore et à sa faune un haut degré d’endémisme. La dissymétrie du relief et l’orientation des alizés déterminent un versant oriental exposé au vent et un versant occidental situé sous le vent.

Relief

Un vieux socle précambrien, disséqué en un fouillis de collines dominé par des reliefs plus imposants dans des granites (Andringitra, culminant à 2658 m au pic Boby) et des quartzites ainsi que dans des reliefs volcaniques (Ankaratra, 2643 m), constitue les Hautes Terres et le Grand Escarpement oriental. On y trouve, dans le nord de l’île, le point culminant au Tsaratanana (2886 m). Ce socle ancien, qui affleure sur les deux tiers de l’île, présente par endroits d’anciens reliefs plissés qui ont été métamorphisés avec des granites et des pegmatites. Ailleurs, il est recouvert de sédiments riches en fossiles et d’épanchements volcaniques présentant une dissymétrie est-ouest qui conditionne l’orientation des grands bassins hydrographiques. Deux grands bassins sédimentaires, les bassins de Majunga, au nord-ouest, et de Morondava, à l’ouest et au sud-ouest, présentent un relief de cuestas, avec une large dépression périphérique évidée au contact du socle. Les plus belles cuestas sont façonnées dans les grès de l’Isalo, dans les calcaires jurassiques (qui culminent à plus de 900 m) et dans les grès et basaltes crétacés. Les plus grands fleuves drainent ce versant de l’île : Sofia, Mahajamba, Betsiboka, Mahavavy du Sud, Tsiribihina, Mangoky, Onilahy.

Quant au nord du pays, avec ses cuvettes et ses plaines enchâssées dans des formations volcaniques, karstiques ou cristallines, et débouchant sur des deltas alluviaux, sa complexité s’oppose à la relative uniformité de la pointe méridionale de l’île. Adossée à l’est sur le rebord manambien, cette dernière est essentiellement constituée d’une pénéplaine dont l’altitude varie entre 150 et 500 m.

Climat

Madagascar est située entre la zone des basses pressions équatoriales, au nord, et l’anticyclone de l’océan Indien, au sud-est. Pendant l’été austral, à un vent de mousson soufflant du nord-ouest sur le nord de l’île, s’ajoutent, de janvier à mars, des cyclones irréguliers mais toujours redoutés.

Exposé à l’alizé du sud-est, le versant oriental est le plus arrosé (entre 2000 et 3500 mm par an). Les Hautes Terres, ainsi que le Nord-Ouest exposé à la mousson, reçoivent en général plus de 1500 mm. Le Sud-Ouest et le Sud sont par contre beaucoup plus secs, avec en général moins de 800 mm, et même moins de 400 mm le long du littoral mahafaly et dans la région de Toleara. Le régime est de type tropical, avec pluies d’été.

L’étirement en latitude, la continentalité, la dissymétrie du relief et l’altitude déterminent la géographie des températures. Il existe une saison chaude, correspondant à la saison pluvieuse (novembre à avril), et une saison plus fraîche de mai à octobre. Les moyennes annuelles varient au niveau de la mer entre 27 °C dans le Nord et 24 °C dans le Sud, et 16,5 °C à 1500 m d’altitude sur les Hautes Terres centrales.

La combinaison des données relatives à la pluviométrie et aux températures permet de distinguer cinq grandes régions climatiques.

La côte orientale est à forte pluviométrie (2000 à 3500 mm par an, comme à Toamasina), forte humidité relative et saison sèche peu marquée (les températures moyennes sont élevées, croissant vers le nord, plus proche de l’équateur, où elles passent de 24 à 27 °C). Le Nord-Ouest possède aussi ces caractéristiques, avec 1600 mm par an à Mahajanga, qui tombent de novembre à mars.

L’Ouest, moins arrosé, sous le vent, à saison sèche très marquée (moins de 800 mm par an), possède au point de vue des températures une nuance maritime et une nuance continentale.

La région du bas Sambirano est à pluviosité élevée, saison sèche marquée et moyenne des températures élevée.

L’extrême Sud et l’extrême Sud-Ouest sont peu arrosés (moins de 400 mm par an vers Toleara), mais avec des pluies régulièrement réparties dans l’année, une moyenne des températures moins élevée qu’ailleurs et une amplitude annuelle plus forte.

Les Hautes Terres (dont le plateau de l’Imerina, autour d’Antananarivo) sont à climat tropical de montagne, avec une pluviosité comprise entre 1,3 et 2 m, une saison sèche bien marquée de mai à septembre, et plus fraîches (16° à 17° de moyenne annuelle), et une augmentation de l’amplitude thermique (6,7 °C).

Flore & faune

Flore

La diversité des reliefs et des climats favorise le développement d’une flore exceptionnelle par sa variété, sa beauté et son originalité.

Les grands domaines végétaux sont déterminés essentiellement par ces données climatiques. La végétation originelle forestière a été toutefois très dégradée par l’homme. Aujourd’hui, la grande forêt humide ne demeure plus qu’en certaines parties du Grand Escarpement, remplacée ailleurs par une forêt secondaire à bambous et ravenala, appelée savoka. De même, la forêt tropophile a entièrement disparu des Hautes Terres et du Moyen Ouest, laissant la place à une prairie pauvre, le bozaka, maigre pacage pour les bœufs, et ne demeure plus, en lambeaux résiduels, que sur certains revers de cuestas de la zone sédimentaire. D’anciennes forêts denses ombrophiles sempervirentes ont subsisté à l’est, dans le Sambirano. Les régions calcaires, quant à elles, portent une forêt dense caducifoliée. Les formations de forêts littorales à cycas et pandanus abritent des peuplements homogènes de palmiers raphias et de mangroves. La végétation naturelle de l’extrême Sud et de l’extrême Sud-Ouest est une brousse épineuse. Le bush présente une végétation diffuse avec ses euphorbes, son arbre-pieuvre et un ensemble de plantes singulièrement xérophiles.

Faune

Les milieux naturels abritent encore des espèces et des genres rares, comme certains serpents non venimeux, des prosimiens (ou lémuriens) ou des insectivores, tel le tenrec.

L’action anthropique a considérablement réduit la richesse et la variété de la faune et de la flore : un hippopotame nain, des tortues géantes, des grands ratites et de nombreux prosimiens ont disparu. Toutefois, les milieux naturels abritent toujours des espèces et des genres uniques au monde, tels l’aye-aye et de nombreuses variétés d’iguanes et de batraciens.

Population

Madagascar demeure relativement peu peuplée par rapport à sa superficie : la densité moyenne est en effet inférieure à 40 hab./km2. Cependant, ce constat ne doit pas faire oublier que la croissance démographique a été forte depuis l’indépendance, conduisant à un doublement de la population en une trentaine d’années. Plus encore qu’ailleurs, les données globales occultent de fortes disparités régionales. Du point de vue humain comme économique, Madagascar peut être considérée comme une juxtaposition de provinces différenciées, dont les relations se heurtent à des obstacles physiques non négligeables. Les nombreux et divers apports extérieurs de population (Indiens, Indonésiens, Arabes, Africains) ont donné naissance à des ensembles régionaux (pays Betsileo, Merinas, Betsimisarakas…) que le terme d’ethnies ne définit qu’imparfaitement. Les plateaux du Centre, sur lesquels est implantée Antananarivo, qui compte environ 1,7 million d’habitants, sont particulièrement peuplés, tout comme le Nord, le Nord-Ouest et la côte orientale (avec le port de Toamasina, ex-Tamatave). Il n’en est pas de même de l’Ouest et du Sud. Malgré les migrations rurales, le taux de population urbaine reste encore modéré, de l’ordre du quart de la population totale. L’ancienneté des contacts avec les Européens est à l’origine d’une forte christianisation (catholique et protestante) du pays, néanmoins inégale selon les provinces.

Économie

Si Madagascar est riche de sa diversité dans tous les domaines, il lui est difficile d’en tirer les bases d’un développement solide et dynamique. Les ressources naturelles sont nombreuses, mais quantitativement insuffisantes. L’équilibre écologique, généralement fragile, est compromis par la déforestation. Le sous-sol contient une grande variété de minerais, du graphite à l’or, en passant par les pierres semi-précieuses, mais les gisements, de faible importance, ne sont que rarement exploitables. Le second handicap du pays est l’insuffisance des moyens de communication internes, qui limite l’intégration économique. Enfin, Madagascar est éloignée des grandes zones de consommation que sont l’Europe et l’Amérique du Nord. Cette situation géographique pèse lourdement sur les coûts de transport.

Agriculture

Certaines activités sont cependant plus développées que d’autres. La principale production vivrière est le riz (37 % des terres cultivées) devant le manioc, mais les activités s’adaptent aux possibilités des régions : par l’abondance de ses pluies, le versant au vent permet l’agriculture (riz, taro, canne à sucre, igname), tandis que le versant sous le vent et la région méridionale, semi-aride, sont davantage propices à l’élevage, dont la place symbolique est considérable dans la société malgache : zébu (bœuf à bosse, ou Bos indicus), mouton, chèvre de Nubie. Quant aux Hautes Terres, réputées pour leur riziculture irriguée, dont les étagements de terrasses peuvent évoquer ceux des Philippines, elles ont autrefois constitué le domaine de prédilection de l’élevage bovin. Partout, les Malgaches élèvent des volailles (poulets, canards, pour le foie, oies, cailles, pour les œufs) et cultivent le pois de terre, le sésame, des variétés de lentilles et de petits haricots, le bananier, l’oranger et le citronnier. Le cocotier est implanté dans les régions littorales. L’époque moderne a vu l’introduction de plantes américaines (maïs, manioc, arachide). Le développement des cultures commerciales (canne à sucre, coton, sisal, ilang-ilang, cacao, palmier à huile) s’est effectué au sein de grandes exploitations ou dans les terroirs paysans (café, tabac, vanille, girofle, poivre, pois du Cap). Le potentiel que représente la pêche reste encore insuffisamment exploité. La socialisation partielle des circuits de commercialisation n’a pas stimulé la production, le riz étant même devenu insuffisant.

Herbe aquatique, le riz asiatique fut d’abord mis en culture en marais, avant que ne soient aménagées des terres permettant la pratique de la culture sèche. Si le paysan malgache conserve la riziculture en marais (hôraka) – que les bœufs piétinent avant les semailles –, des formes plus évoluées ont été élaborées, comme sur les rizières en terrasses et en plaine (tanimbary). Cette dernière nécessite labour, repiquage et maîtrise de l’eau. Toutes asiatiques, les variétés de riz utilisées sur la Grande Île sont nombreuses, tant indica que japonica (ou javanica). Mais, comme le montre la génétique, il existe aussi des variétés atypiques résultant de l’adaptation à la culture d’altitude. Une souche malgache de riz long est devenue célèbre : c’est celle qui, importée aux États-Unis au XIXe siècle, a donné le riz caroline.

Industrie

L’extraction minière reste faible malgré des gisements de mica, de bauxite, de charbon et de pierres précieuses. Seuls la chromite et le graphite font l’objet d’exportations significatives. L’essentiel des industries traitent les produits agricoles : rizeries, féculeries, huileries, sucreries (Namakia), industries du tabac (Antsirabe). La création d’une zone franche favorise une certaine reprise des activités (conserverie de thon à Antsiranana ; filature ou tissage du coton ou du sisal, et entreprises de confection à Antananarivo, Antsirabe, Mahajanga, Toleara). Les industries extractives, en dehors des cimenteries (Mahajanga, Antsirabe), fournissent le gros des produits destinés à l’exportation : graphite, mica, grenat, zircon et surtout chromite d’Andriamena. La raffinerie de Toamasina, qui transforme le pétrole importé, suffit aux besoins nationaux. L’industrie est constituée de petites et moyennes entreprises (PME) modestes, tournées principalement vers le marché intérieur, et concentrées pour plus de la moitié à Antananarivo. Elle représenterait environ le cinquième du produit intérieur brut (PIB).

Les principaux aéroports sont ceux d’Antananarivo, de Toamasina et de Mahajanga. Les principaux ports sont ceux de Toamasina et de Mahajanga.

Le tourisme, sur lequel de grands espoirs sont fondés, tant pour un tourisme de masse que pour des séjours de découverte de ce sanctuaire de la nature, nécessite pour son développement d’importants investissements hôteliers et la mise en place d’un réseau de charters.

Les mutations de l’économie

La politique économique a pris, après la « révolution » de 1972, un virage résolument nationaliste et socialiste (nationalisations, sortie de la zone franc), s’accompagnant d’une accélération des investissements. La crise mondiale a mis en évidence les faiblesses du système (lourdeur administrative, endettement exagéré, déficits des finances publiques, inflation) et a conduit à adopter les remèdes préconisés par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, c’est-à-dire l’austérité et la libéralisation. Des résultats appréciables en termes de P.I.B. ont été obtenus à partir de 1990, avec cependant de sensibles variations selon les années. Mais les inégalités de revenus se sont aggravées, rendant le climat social plus tendu, particulièrement dans les villes.

La balance commerciale demeure déficitaire et le sous-emploi, important.

L’économie malgache dépend d’abord des produits agricoles exportés (café, vanille, clous de girofle). Les exportations de Madagascar se font pour près de la moitié vers la France, qui fournit près de 15 % des importations du pays.

Histoire

L’histoire du peuplement de Madagascar est celle de la synthèse entre les Vazimba, autochtones des terres centrales sur qui nous savons très peu de chose, et les flux indo-mélanésien et bantou, secondairement indien et arabe, qui se sont installés dans l’île à partir du Ier millénaire et jusqu’au XVe ou XVIe siècle La population est restée, jusque-là, clairsemée en petits établissements. Ces origines multiples se lisent encore dans des traits culturels complexes d’un ensemble malgache qui présente une grande unité linguistique et culturelle. C’est probablement du XIIe siècle que date l’installation sur la côte occidentale d’un peuplement composite, mélange d’Arabes, de Malgaches et d’Africains, les Antalaotras. Ceux-la, superficiellement islamisés, possèdent quelques comptoirs en relation avec les Comores. Sur la côte orientale s’était établi le peuple antemoro qui revendique des origines arabes.

La pénétration européenne

En 1500, le navigateur portugais Diogo Dias découvre l’île pour le Portugal et la nomme île Saint-Laurent. À partir de la fin du XVIe siècle, Portugais, Hollandais, Anglais fréquentent ses rades, pour y prendre des vivres sur la route des Indes. En 1643, le Rochelais Pronis fonde, à l’extrémité sud-est, l’établissement de Fort-Dauphin, en l’honneur du futur Louis XIV ; l’île sera théoriquement annexée à la France en 1665 sous le nom d’île Dauphine. Le gouverneur Étienne de Flacourt décrit la partie sud et dresse l’inventaire des ressources. En 1667, Colbert envoie des colons avec le marquis de Montdevergue. Mais les guerres incessantes et l’absence de mise en valeur véritable font, en 1674, abandonner l’établissement au profit de l’Inde et de La Réunion. Jusqu’en 1720, seuls les pirates français et anglais fréquenteront les côtes malgaches.

Au XVIIIe siècle, l’île apparaît divisée en royaumes à base le plus souvent tribale : royaumes côtiers menabe et boina, peuplés de Sakalavas sur la côte ouest, Betsimisarakas à l’est, Mahafaly et Antandroy au sud. Au centre de l’île, on trouve deux petits royaumes betsileo et merina. Les Français, établis à La Réunion et à Maurice, tentent de se rétablir, d’abord à Fort-Dauphin avec Modave, puis à la baie d’Antongil avec Benyovszky ; ils échouent, mais le traitant Sylvain Roux, à la fin du siècle, fonde des comptoirs à Foulpointe et à Tamatave. Anglais et Français tirent de Madagascar des esclaves, des bœufs et du riz, en échange de piastres et de fusils. Sous l’Empire, les Anglais chassent les Français, qui ne conservent que la petite île de Sainte-Marie, acquise en 1750.

L’expansion du royaume merina

Dans l’intérieur, le royaume merina a grandi lentement. Les andrianas en constituent une caste noble. Au milieu du XVIIe siècle, le roi Andrianjaka lui donne sa capitale, Analamanga, la future Tananarive puis Antananarivo, et la puissance de ce royaume s’affirme à partir du XVIIIe siècle À cette époque, la traite des esclaves, assurée aussi bien par des Arabes, des Swahilis, des Européens que par des marins malgaches, en relation avec les côtes de l’Afrique et les Mascareignes, affermit la puissance de grandes formations politiques, comme la dynastie des Maroseranana au XVIIIe siècle à l’ouest, ou le royaume des hautes terres centrales. Après des luttes intestines, l’unité de l’Imerina (« le pays merina ») est reconstituée par le grand roi Andrianampoinimerina (vers 1787-1841), qui annexe en outre le pays betsileo. Son fils, Radama Ier (1810-1828), obtient des armes du gouverneur anglais de Maurice. Il conquiert alors les deux tiers de l’île ; seuls les peuples du Sud et une partie de l’Ouest sakalava gardent leur indépendance. Un traité passé en 1817 entre la Grande-Bretagne et Radama Ier donne à celui-la le titre de roi de Madagascar ; en contrepartie de son renoncement à la traite des esclaves, Radama Ier ouvre l’île aux instructeurs militaires anglais ainsi qu’aux missionnaires de la London Missionary Society, qui rédigent un vocabulaire et une grammaire de la langue malgache. L’Imerina commence de s’organiser sur le mode d’un État européen, pourvu d’une armée moderne et d’un système scolaire.

Mais la mort de Radama marque un temps d’arrêt. Son épouse, la reine Ranavalona Ière, qui lui succède, ferme les écoles, persécute les chrétiens et chasse les Européens. Des bombardements franco-anglais de représailles n’aboutissent qu’à la fermeture quasi complète du pays aux étrangers. Cependant, le Gascon Jean Laborde, grâce à l’appui de la reine, réussit à créer temporairement quelques industries. En 1861, Ranavalona meurt. Son fils, Radama II, rouvre toutes grandes les portes aux Européens. Un Français, Jean-François Lambert, obtient même une charte qui lui concède pratiquement toute l’activité économique. Mais le Premier ministre, Raharo, représentant des classes hovas qui avaient pris le pouvoir sous Ranavalona, s’oppose à Radama, qui est étranglé (1863). Sa femme, Rasoherina, lui succède ; elle répudie la charte Lambert et remplace Raharo par son frère Rainilaiarivony.

Celui-la se maintiendra au pouvoir en épousant les trois reines successives : Rasoherina, Ranavalona II (1868-1883) et Ranavalona III. En 1869, la reine et lui se convertissent au protestantisme, suivis par une grande partie du peuple merina. Les missionnaires catholiques français accomplissent néanmoins une importante œuvre scolaire, favorisée par le gouvernement malgache. Le Premier ministre édicte un « Code des 305 articles » (1881) modifiant la coutume malgache dans un sens chrétien et moderniste ; il développe l’initiative des fokonolonas (communes). L’explorateur Alfred Grandidier peut, de 1865 à 1870, parcourir l’île et en dresser la carte. Mais les finances sont misérables ; les fonctionnaires, non payés, vivent sur le pays et utilisent la corvée.

Le protectorat français (1885-1896) puis l’annexion

Sous Louis-Philippe, des rois sakalavas et tankaranas (du nord de l’île), fuyant la domination merina, s’étaient réfugiés dans la petite île de Nossi-Be et avaient placé leurs États sous le protectorat français. En 1883, le gouvernement de Jules Ferry réclame tout le nord de Madagascar et occupe les ports. Le traité de 1885 stipule l’installation d’un résident français à Tananarive. Rainilaiarivony résistera dix ans à la création d’un protectorat effectif. Mais, en 1890, l’Angleterre reconnaît le protectorat français. En janvier 1895, une expédition française débarque à Majunga, et, malgré les fièvres (6 000 morts sur 15 000 soldats), atteint, le 30 septembre 1895, Tananarive. Le général Duchesne fait signer à la reine un traité de protectorat. Mais une insurrection se déclenche en Imerina. L’île est alors annexée (loi du 6 août 1896) et l’esclavage aboli. Le général Gallieni, gouverneur de 1896 à 1905, exile la reine en février 1897. Il pacifie l’Imerina, soumet les peuples restés indépendants, puis entreprend l’organisation administrative, l’assimilation douanière à la France, met fin à l’hégémonie merina, crée une assistance médicale gratuite et un enseignement laïc, ouvre des routes, un chemin de fer et met au point un régime foncier. Les successeurs de Gallieni, Augagneur, Picquié, Garbit, Olivier, Cayla, développent l’économie jusqu’en 1939. Deux chemins de fer sont achevés : Tananarive-Tamatave en 1913, Fianarantsoa-Manakara en 1936. Un réseau de routes et un service d’aviation intérieure sont établis. Le port de Tamatave, transformé, draine un trafic croissant. Le développement des rizières, les cultures riches (café, vanille, girofle, sucre), les industries agricoles, les mines accroissent les exportations. Pendant cette période, l’opposition nationale est pratiquement insignifiante. En 1915, un complot avorte. Les difficultés pour obtenir la citoyenneté française, et donc l’égalité des droits pour les Malgaches, suscitent la naissance d’un mouvement nationaliste dans les milieux protestants et estudiantins. Par la suite, l’instituteur betsileo Jean Ralaimongo (1884-1943) regroupe des nationalistes autour de la rédaction de son journal, L’Opinion, fondé en 1927. En 1942, Madagascar, qui avait suivi le gouvernement de Vichy, est occupée par des Anglais, qui le rendent à la France libre.

L’indépendance

Au lendemain du conflit, l’île est dotée d’une représentation parlementaire dominée par les nationalistes. En 1946, Madagascar devient un territoire d’outre-mer. Le 30 mars 1947, le parti nationaliste à dominante merina, le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM, créé en 1946), emporte la majorité des sièges aux élections provinciales. Dans la nuit du 29 au 30, une rébellion éclate sur la côte est ; elle est très durement réprimée (le nombre exact de victimes du côté des rebelles reste inconnu, il y a plusieurs dizaines de milliers de morts), le MDRM est dissous, et ses chefs condamnés à de lourdes peines (déportation ou exil). En 1954, sont rétablies les élections libres. En 1956, un gouvernement malgache est formé, sous la présidence de l’instituteur Philibert Tsiranana, un Tsimihety. Le 14 octobre 1958 est créée la République malgache (Repoblika Malagasy). Le 26 juin 1960, Madagascar obtient sa pleine indépendance et adhère à la Communauté.

Le développement de la vie politique interne de la Grande Île est marqué alors par l’existence de plusieurs partis : le parti social-démocrate (PSD) du président Tsiranana, largement majoritaire ; le parti du Congrès de l’indépendance (en malgache Antonkon’ny Kongresin’ny Fahalevantenan’i Madagasikara, ou AKFM), dirigé par Richard Andriamanjato, partisan de la réforme agraire et de la socialisation des moyens de production ; le Front populaire malgache de J. Raseta, qui ne joue qu’un rôle secondaire. En 1965, P. Tsiranana est réélu président de la République et le PSD emporte 104 des 107 sièges de l’Assemblée.

Philibert Tsiranana et l’expérience socialiste (1965-1984)

Le président Tsiranana poursuit une politique de large coopération, avec la France. À partir de 1967, l’opposition se manifeste et critique, notamment, les inégalités dans le développement des diverses régions. La coopération avec la France suscite aussi des critiques, mais surtout le rapprochement avec l’Afrique du Sud, consacré par la signature d’un accord économique. Au mois d’avril 1971, les étudiants de la capitale se mettent en grève. Au même moment, des paysans du Sud-Ouest, encadrés par le Monima (Mouvement national pour l’indépendance de Madagascar), organisation dirigée par Monja Jaona, attaquent des bâtiments publics. Le Monima est dissous, son chef arrêté, ainsi que, le 1er juin, André Résampa, ancien vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, à la suite de la découverte d’un complot. Tsiranana est réélu président de la République, le 30 janvier 1972.

En mai 1972, la grève des étudiants repart de plus belle ; ils réclament un enseignement purement malgache et la révision de la coopération culturelle avec la France. Les syndicats ouvriers leur apportent leur soutien. Tsiranana dissout le gouvernement, le 18 mai, et accorde les pleins pouvoirs au général Gabriel Ramanantsoa, chef d’état-major de l’armée, qui constitue un nouveau gouvernement composé de militaires et de civils. Le général Ramanantsoa concentre, entre ses mains, l’essentiel des pouvoirs et soumet, à référendum, un projet de Constitution provisoire qui supprime, notamment, le poste de président de la République. Il est adopté, le 8 octobre 1972, à une large majorité, et, Tsiranana, qui a appelé à voter contre, se retire. Les années qui suivent sont marquées par une « malgachisation » de la société et des moyens de production, qui va de pair avec une remise en cause des accords de coopération avec la France.

Au sein du gouvernement, un conflit de plus en plus aigu se développe entre modérés (dont le professeur Albert Zafy) et radicaux (dont Didier Ratsiraka). Considérant qu’il est dans l’incapacité de gouverner, Ramanantsoa se retire, en février 1975. Il est remplacé par le colonel Richard Ratsimandrava, qui est assassiné quelques jours plus tard.

Un Directoire militaire est institué dont émerge, rapidement, l’ex-ministre des Affaires étrangères de Ramanantsoa, Ratsiraka, alors capitaine de corvette. Ce dernier assied son pouvoir, au mois de décembre suivant, par un référendum doublé d’un plébiscite. La « Charte de la révolution socialiste malgache » (communément appelée le Livre rouge) est adoptée à une majorité écrasante, ainsi qu’une nouvelle Constitution ; Ratsiraka devient président de la République démocratique de Madagascar. Un rôle essentiel est alors donné aux fokonolonas, et au Front national pour la défense de la révolution (FNDR), fédération de partis progressistes. Les lois sont votées par une Assemblée nationale populaire (ANP), et le président est assisté d’un Conseil suprême de la révolution (CSR). Très rapidement, Ratsiraka fonde son propre parti, l’Arema (Avant-garde de la révolution malgache), qui devient dominant, au sein du FNDR. Dès lors, la vie politique, peu active, peut se résumer, pendant quelques années, à des querelles, suivies de réconciliations, entre le président et le chef historique du Monima, Monja Jaona.

La République démocratique de Madagascar devient l’un des leaders du non-alignement. Sa politique étrangère s’ouvre sur les pays de l’Est (rapprochement idéologique avec la Corée du Nord et l’Allemagne de l’Est), sans jamais rompre totalement avec la France.

À partir de 1984, la crise économique et sociale qui touche le pays amène à un rapprochement avec la France et à une libéralisation progressive de l’économie. Elle provoque, également, des émeutes de la faim, qui sont durement réprimées (notamment en 1985-1986). Alors que la contestation se fait grandissante, les soutiens du régime se font moins nombreux et certaines formations politiques se retirent, en totalité ou en partie, du FNDR.

Les troubles de la démocratisation

C’est à l’ANP, élue en 1989, et dans laquelle l’Arema détient une très forte majorité, que revient le mérite des premières mesures de démocratisation (notamment, le retour du multipartisme), en décembre 1989. Dans un climat troublé, l’opposition, appuyée par le Conseil des Églises, constitue et structure le Mouvement des forces vives, qui se radicalise contre Ratsiraka, au point de désigner, en juillet 1991, un président de la République, le général Rakotoharison, et un Premier ministre, Albert Zafy. Provocation ou ordre délibéré, la Garde présidentielle tire sur une manifestation pacifique, le 10 août, faisant, officiellement, 30 morts et de nombreux blessés, dont Zafy. Antananarivo devient le siège de manifestations d’une ampleur exceptionnelle. Une solution politique originale est trouvée, le 31 octobre. Durant une période transitoire de dix-huit mois, le président et le Premier ministre restent en place, mais sont « doublés » par une Haute autorité pour la transition vers la IIIe République, que dirige Zafy. La contre-attaque de Ratsiraka et de ses partisans prend la forme d’une revendication fédéraliste, qui donne lieu à de « mini-coups d’État », dans certaines provinces. Le calme revient, progressivement, dans la rue, avec l’adoption de la Constitution (promulguée le 18 septembre 1992) et la tenue d’une élection présidentielle, dont le second tour (janvier 1993) consacre la large victoire de Zafy. L’instabilité politique demeure et aboutit, en septembre 1996, à la destitution, par la Haute Cour constitutionnelle, du président Zafy, accusé d’avoir violé la Constitution. Le « professeur », dont la popularité est fortement érodée, est battu de quelques milliers de voix par Didier Ratsiraka, lors de l’élection présidentielle de décembre 1996. En 1998, le président fait entériner, par un référendum populaire, une réforme constitutionnelle, portant sur la décentralisation (création de régions autonomes) et sur le renforcement des pouvoirs du chef de l’État, au détriment du Parlement.

Marc Ravalomanana (2001-2009)

L’élection présidentielle de décembre 2001, opposant le chef de l’État sortant, Ratsiraka, à Marc Ravalomanana, homme d’affaires influent et maire d’Antananarivo, plonge le pays dans une crise politique de six mois.

Déclaré en ballottage favorable à l’issue d’un scrutin entaché de fraudes, Ravalomanana, soutenu par une part importante de la population, s’autoproclame président de la République, le 22 février 2002. Le président sortant, Ratsiraka, choisit de se maintenir au pouvoir dans l’attente de la poursuite du processus électoral.

Une tentative de médiation est menée par le président du Sénégal, lorsque la Haute Cour constitutionnelle proclame Ravalomanana vainqueur, dès le premier tour. Investi, le 6 mai 2002, le premier président merina de l’histoire du pays et son gouvernement sont reconnus par des pays européens et les États-Unis lors des fêtes de l’indépendance (26 juin). Isolé, Didier Ratsiraka, quitte le pays, le 5 juillet, et se réfugie en France.

Le mouvement de Marc Ravalomanana – le TIM (Tiako’i Madagasikara : « J’aime Madagascar ») – transformé en parti, en juin 2002, obtient la majorité absolue aux législatives du 15 décembre 2002, boycottées par l’Arema. Alors que l’opposition peine à se faire entendre, Ravalomanana met en place le Madagascar Action Plan (MAP) – un vaste plan de réformes (développement des infrastructures, réforme foncière, lutte contre le sida), qui sont autant de chantiers privilégiés des bailleurs de fonds et qui correspondent aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) de l’ONU.

En 2006, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale effacent la dette multilatérale malgache. En dépit d’un bilan économique peu flatteur (chute du revenu par habitant en 2004, de la croissance en 2006) et des critiques de plus en plus vives sur son exercice solitaire du pouvoir et son autoritarisme, Marc Ravalomanana est réélu, en 2006 (54,8 % des voix). Fragilisé par des divisions au sein de sa majorité, il dissout l’Assemblée nationale, en juillet 2007, et convoque des élections législatives anticipées (23 septembre), remportées par le TIM (106 des 127 sièges de l’Assemblée nationale), mais avec une abstention supérieure à 80 %. Lâché par ses anciens alliés et par l’Église catholique, Ravalomanana, qui a renforcé les prérogatives du pouvoir exécutif au détriment du Parlement, gère, seul, le pays.

Andry Rajoelina et la « transition » (2009-?)

Le début de l’année 2009 est marqué par une nouvelle crise institutionnelle. Le jeune maire d’Antananarivo, depuis les municipales de décembre 2007, Andry Rajoelina, utilisant le mécontentement populaire (suscité, notamment, par la décision présidentielle de vendre plusieurs millions d’hectares de terres agricoles à la multinationale Daewoo), se présente comme le porte-parole de l’opposition, et mobilise la rue contre le régime. Destitué de ses fonctions de maire, A. Rajoelina prend la tête d’une « Haute Autorité de transition » (HAT). Une trentaine de ses partisans sont tués par la garde présidentielle alors qu’ils marchaient vers le palais présidentiel.

Lâché par l’armée, Marc Ravalomanana démissionne, le 17 mars, après avoir transféré ses fonctions de président de la République et celles du Premier ministre à un « directoire militaire » qui transmet, aussitôt, tous ses pouvoirs à l’opposant Rajoelina. Le 18, la Haute Cour constitutionnelle légalise l’accession à la présidence de la République de Rajoelina qui dissout l’Assemblée nationale, le Sénat, promet de rédiger une nouvelle Constitution et d’organiser des élections présidentielle et législatives d’ici à deux ans.

Anecdotes (sources Quid et autres)

  • Contraste : l’île de Madagascar est divisée en deux zones climatiques très marquées ; le Nord et l’Est sont très humides (plus de 2000 mm de pluies/an), tandis que le Sud est semi-désertique (40 mm de pluies/an).
  • L'Île rouge : Madagascar est appelée ainsi, du fait de la terre rouge, la latérite, qui couvre une bonne partie de son territoire.
  • Cyclone : la côte Est est particulièrement exposée aux cyclones : 95 en 40 ans.
  • Faune : les lémuriens sont légion à Madagascar (maki, mongoz, mococo, vari, aye-aye), tandis qu’il n'y a ni singe, ni ongulé. Les animaux carnivores y sont rares.
  • « Néron femelle » : la reine Ranavalona Ière (1790-1861) était surnommée « le Néron femelle », pour avoir fait exécuter en moyenne 20 000 à 30 000 personnes par an ; elle avait rétabli le « jugement de Dieu », obligeant les inculpés à traverser à la nage une rivière à crocodiles, autant de fois qu’elle l’ordonnait.
  • Interdiction : la pratique du kung-fu est interdite depuis 1984 ; cette interdiction a entraîné des émeutes, l’incendie de nombreux locaux de la police et du Ministère de la Jeunesse et des Sports.
  • Sacrifice : Madagascar importe beaucoup de riz de qualité médiocre (42 000 tonnes) mais exporte du riz de luxe, dont la culture couvre 39 % des terres.
  • Réunion de famille : les animistes pratiquent, régulièrement, le famadihana (culte des ancêtres) qui consiste à changer le linceul des défunts et à nettoyer leurs ossements ; ce rite est l’occasion d'une fête et d’un banquet auquel participe le défunt.

Données en bref (sources diverses)

Le drapeau de Madagascar

Nom officiel du pays République de Madagascar (Repoblikan’i Madagasikara)
Superficie 587 040 km2 551 602 km2
Population 21 928 500 habitants 65 281 000 habitants [Onu, Insee, 2012]
×4 en 50 ans ×1,4 en 50 ans [FAO, 2011]
Densité de population 37,3 habitants/km2 115,0 habitants/km2
Ruralité 70 % de la population 15 % de la population [FAO, 2011]
Langues officielles Malgache, français (dans l’administration)
Capitale Antananarivo
Régime politique République démocratique
Chef de l’État Andry Rajoelina, gouvernement de transition
Fête nationale 26 juin (Indépendance, 1960)
Devise nationale Patrie, liberté, progrès
Monnaie Ariary (MGA)
PIB 9 911 781 297 $ 2 773 032 125 000 $ [Banque mondiale, 2011]
Indice de Développement Humain 0,483 (151e/186) 0,893 (20e/186) [Onu, 2012]
Pauvreté Plus de 60 % de la population vit avec moins de 1 €/jour